Pourquoi j’aime le clip de Wrecking Ball

Il y a de ça quelques temps, Miley Cyrus (OMG OUI IL Y A CE NOM SUR CE BLOG) a fait un sacré buzz avec le clip We can’t Stop. Le clip était jugé vulgaire et faisant l’apologie de la drogue. Les paroles de la chanson aussi d’ailleurs.

Ce n’est pas sur ce clip-ci que je vais écrire la suite de l’article mais je lui accorde tout de même quelques lignes, car son « bad buzz » est lié à mon réel sujet : dans ce clip, une grande majorité de gens n’a remarqué que le « twerking » un peu raté de Miley et son attitude de pseudo « West Coast’s Rebelz TAKTAK SISI AIIIGHT » assez ridicule. J’ai été curieuse, j’ai sorti les paroles du net, j’ai écouté une première fois la chanson pour ne pas être influencée par l’image. Déception : tout ça ne vole pas bien haut. Puis j’ai regardé le clip. Révélation (je devrais faire attention, je me met à écrire comme une mormone) : là où les gens se sont arrêtés à l’apparence, j’ai vu une critique des paroles elles-mêmes. Le message futile et un peu destructeur de la chanson était fusillé sur place. Tout le ridicule des images ne faisait que mettre en valeur le ridicule du message que Miley était en train de chanter. Apologie de l’autodestruction ? Je te met une scène évoquant une amputation. On chante que l’on ne peut pas s’empêcher de faire la fête et de consommer ? Voici une vanité faite de frites qui ressemble aussi à une jolie critique de MacDo’ (mais chut). Vous aimez les apparences mademoiselle ? Mais que peuvent-elles vous apporter ? Promenez donc cet animal empaillé qui n’a plus que son apparence. Mais où sont passées sa vie et son identité ?

Bon, après j’ai été à nouveau déçue quand j’ai appris que Miley avait voulu intégrer la vanité dans son clip parce qu’elle en avait vu une comme ça dans une expo et qu’elle trouvait ça « cool ».

Un peu plus tard cependant, Miley a de nouveau fait scandale. Et un scandale d’autant plus violent qu’il a été posté sur le net alors que le premier n’était pas redescendu : le clip de Wrecking Ball. Je vous invite à le visonner, si possible une fois en lisant les paroles et une seconde fois en regardant le clip.

C’est bon ?

Ok, entrons dans le vif du sujet.

J’ai donc suivi ma méthode habituelle indiquée plus haut. Au début, j’ai trouvé les paroles heureusement et agréablement plus riches que celles de la chanson précédente. Le récit est à double voix, s’y mêlent celle de Miley et le discours de son amant. L’histoire du couple est somme toute assez banale mais tout de même belle et la voix de Miley (soyons honnêtes, même si elle sort du Club Mickey elle a une belle voix, légèrement cassée et au vibrato subtil, léger, mais émouvant) la porte à merveille. Pour résumer, Miley a voulu pénétrer dans l’esprit de son compagnon (oui, je pars du principe qu’il s’agit d’un homme ne me cognez pas), a tout fait pour qu’il exprime sa personnalité, pour se lier à lui (et le dominer aussi, un peu). Mais au final, il l’a détruite. L’amour, la haine, on aura jamais fini d’écrire à ce sujet.

Maintenant, le clip. Contrairement au premier, il est signé. Orgueil mal placé du réalisateur ? Je ne trouve pas. Parce que Terry Richardson nous a livré là un réel travail de passionné d’image, de cinéaste, très poétique et métaphorique. Des métaphores violentes, à base de boulets de démolition (celle-ci lui était livrée par le texte même mais il s’en est extrêmement bien servi), d’outils de chantier et de murs de parpaing froids et gris. Après tout, cet homme est photographe et le travail de l’image et de son sens il le connait bien. Bravo à lui pour avoir si bien su passer de l’appareil photo à la caméra.

Mais je vais arrêter de faire ma fangirl et analyser un peu ce que je vois.

Tout d’abord, le travail technique de l’image. Dans le premier clip évoqué, l’image était très blanche et les couleurs vives ressortaient. Ici, Richardson a choisi des, oui, tons blancs et froids mais l’on a aussi beaucoup de gris et la seule chose qui se remarque est la bouche carmin de Miley. Un choix qui me semble logique. La froideur et la dureté de l’image mettent en valeur la douleur et l’émotion portées par la voix de la chanteuse. On illustre la brutalité des actions décrites par la jeune femme en ne montrant qu’un environnement sans vie, en train de se faire démolir (en partie par le corps extraordinairement clair de Miley). A côté de ça, quand la voix est plus douce bien que chargée de chagrin, on a un plan fixe et rapproché sur un visage toujours très blanc mais où les yeux ressortent autant que la bouche. Cette bouche qui est d’un rouge profond et sensuel mais qui là ne fait qu’attirer l’attention sur le chant. Et ces yeux, troublés, pleins de vraies larmes. Beaucoup de gens ont parodié et se sont moqués de ces plans rapprochés. Je les trouve superbes. Ils ne font que porter l’émotion et le jeu d’actrice de Miley est excellent.

A présent, le contenu.

Le début du clip est donc un de ces plans fixes décrits plus haut ensuite suivi d’un court passage où Miley se tient avec une masse, contre un mur. Certes, elle prend un peu la pose, certes elle est belle (je trouve) et féminine. Mais plutôt que de plaisanter sur le fait qu’elle tient une masse et est peu vêtue, demandons-nous plutôt pourquoi une masse, pourquoi aussi peu de vêtements ? Premièrement, si Miley est peu vêtue, j’y vois deux raison : c’est son style et ça sert aussi au déroulement et à l’imagerie du clip. N’oublions pas que Richardson est avant tout un artiste. Certes, un clip c’est commercial mais son travail a tout de même du sens ! Miley dans ce clip est tour à tour fragile, sensuelle et violente. Sa silhouette si exposée, qui tranche sur le décors, illustre bien les deux premiers points. La masse illustre le troisième. Ce corps filiforme (l’actrice est musclée mais reste assez mince) qui tient cet instrument de démolition et finit par s’en servir lorsque la musique se fait plus forte représente bien le personnage dont parle Miley. Une femme qui a voulu jouer à briser les barrières d’une autre personne, à s’imposer dans sa vie. Oui, elle a brisé à la masse les murs qui entouraient un cœur. Oui, ces vêtements et cet outils sont là pour quelque chose.

Puis Miley caresse les parpaings de sa masse, cherchant leur point faible. Et elle caresse aussi la-dite masse de ses lèvres, plus tard de sa langue. OH MON DIEU MAIS POURQUOI ? C’est une histoire d’amour. D’esprits qui sont en train de se déchirer. De corps aussi. Faire l’amour, c’est beau mais ça peut aussi être violent. Miley s’est en partie servie de sa chair pour séduire cet homme c’est la réalité de la vie. Elle fait l’amour avec cette masse, elle fait l’amour à cette chose violente dont elle s’est servie pour se frayer un chemin vers le cœur de son partenaire. Ce n’est pas juste pour en faire une catin que le réalisateur a tourné ces scènes langoureuses mais bien parce que le personnage a livré tout autant son âme que son corps à la tempête de cette relation.

Et là, tout explose et le boulet de démolition entre en scène. Alors que Miley s’avançait, conquérante, c’est l’enfer du béton brisé. Là, la masse prend un tout autre visage si l’on peut dire. Cet instrument qui était fort dans ses mains au début du clip n’est plus qu’un petit marteau à côté de la masse métallique de ce boulet au bout de sa chaîne. Ce boulet dont on ne voit pas le maître, qui semble avoir une volonté propre. Puis Miley, encore vêtue, après quelques plans sur son visage se balance dessus. Mais à quoi joue-t-elle ?

Elle joue avec le feu. Elle est en équilibre sur cet objet, si faible comparé à lui, qui est en train de tout briser en elle. De son corps, elle le fait tournoyer comme si elle le maîtrisait seulement les paroles nous l’indiquent bien : dans les deux discours qui se mélangent, elle a voulu jouer aux petits chimiste mais c’est la personne en face (qu’elle avait mise sur un piédestal) qui a pris le dessus et l’a réduite en éclats.

Quelques plans fixes, des scènes avec la masse puis la chanteuse, cette scandaleuse chanteuse, est nue faisant « l’amour » à cette Wrecking Ball. Les raisons sont, pour moi, les mêmes que pour la masse. Face à ce mastodonte de métal son corps ne peut rien. Elle se donne à cette violence. Alors que l’homme l’a en quelque sorte tuée il la prend comme il le souhaite. Dans le texte, tout deux sont réduits en cendres. Faire l’amour dans ce contexte n’est plus un acte apportant le bien-être et le plaisir mais une chose désespérée, violente, qui fait souffrir. Oui, la chanteuse et sexy et il y a une pointe de luxure dans ces plans. Par contre, il y a un sens à donner à tout cela.

La tendresse qu’elle témoigne ensuite à la chaîne dirigeant le boulet (la caressant et l’embrassant presque), qui évoque la personne derrière les actes qui font souffrir, alors qu’elle lui rappelle ses paroles douces et rassurantes, est touchante. Dans l’acte de chair, elle essaie de faire revenir le passé doux qu’ils ont en commun. Ainsi, lorsqu’on la retrouve léchant à nouveau la masse, je ne pense plus à la luxure mais à l’acte sexuel sincère, le retour vers le passé où certes Miley a percé les défenses de l’homme mais où il ont pu en tirer du bon.

Miley se tient ensuite avec sa masse devant des décombres mais elle n’a plus l’air conquérant. Ce petit passage est court, comme un flash, mais on voit bien qu’elle contemple les dégâts qu’elle a commis.

La suite du clip est un défilement de ces plans. Où Miley brise le reste des murs elle-même, où elle se montre tendre avec le boulet, le suppliant presque, lui pardonnant aussi. Là où les gens rient de la voir nue avec son boulet, je vois l’image que je trouve émouvante d’une femme en souffrance, nue et sans défenses, devant la cruauté de cet chose froide et cruelle, représentation de l’être aimé et qui a aimé autrefois.

La violence n’est d’ailleurs pas absente des plans rapprochés sur Miley, celle-ci se mettant des gifles de plus en plus fortes au fur et à mesure que le clip se déroule.

Autre image notable : Miley debout contre un mur qui a été percuté, au centre de l’impact. Je pense que vous pourrez comprendre vous-même où Richardson a voulu en venir.

Et le tout se termine sur Miley à terre et le boulet qui prend petit à petit toute la place devant l’objectif. « You wreck me ». Le clip ne se termine pas bien, l’autre a pris totalement le dessus et ne laisse aucune place à la chanteuse. Réalité de la vie.

Pourquoi avoir ainsi analysé ce clip ? Pas pour écrire sur un sujet qui a fait le buzz. Peut-être pour provoquer un gros débat (eh bien oui, j’aimerais bien en discuter avec vous). Mais surtout pour montrer qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Critiquer pour le plaisir de le faire n’apporte jamais rien de bon. Oui ce clip et cette chanson sont de Miley Cyrus et celle-ci s’est rendue ridicule plusieurs fois. Mais cela ne doit pas vous empêcher de vous poser et de réellement voir. Pas regarder mais voir. Analysez ce que vous voyez, vous aurez parfois de très bonnes surprises.

Et moi je vais de ce pas me plonger dans les photos de Terry Richardson.

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