Parce que j’ai peur du noir

Ce blog est mort depuis un moment. Seulement j’avais besoin d’écrire et de diffuser. Je ne demande pas à la terre entière de lire. J’ai juste besoin de cette impression que mes mots ne disparaitront pas à tout jamais.
Si j’avais seulement gardé mon texte sur mon bureau, j’aurais eu l’impression d’étouffer. Et puis je fais ce que je veux. Voilà.

J’ai peur du noir. Je l’ai dit à pas mal de personnes, je l’ai avoué sur Twitter. Cette peur est tellement présente que parfois, pour simplement faire le chemin entre le salon et les toilettes la nuit, j’ai besoin de courir, de me coller dos au mur, mon cœur s’emballe et ma respiration brûle.
Une phobie ? Oui, ça me semble le terme exact. Mais phobie du noir ? Je ne sais pas. C’est ce que je dis : « J’ai peur du noir ». Mais, après tout, n’est-il pas connu que ce dont on a peur, c’est de ce qui s’y cache ? Seulement, même cette idée me semble incorrecte. Ce n’est ni du noir, ni de ce qu’il y a dans le noir dont j’ai peur.
Non.
C’est de ce qu’il y a dessus.
Ou plus précisément de ce que je peins sur le noir.

J’ai une imagination débordante. Je suis capable, lorsque je m’ennuie, lorsque je souffre, de fermer mon esprit dans un bocal et d’y vivre des choses merveilleuses.
En quelque sorte, je peux morceler mon esprit, le diviser. Une partie de moi va vivre la réalité et le reste sera entièrement détaché. En gros, je peux me diviser intérieurement et ces moitiés de moi sont totalement indépendantes l’une de l’autre.
Bon, oui, pour résumer je suis folle. Voilà voilà.
Revenons à nos moutons : J’ai des conversations avec mon monde intérieur qui trainent des heures. Je suis une princesse d’un royaume parallèle, je suis une voyageuse temporelle, j’ai des pouvoirs qui réalisent tout mes vœux. Je débat avec des gens que je connais bien pour trancher mes avis sur des questions épineuses. Bref, je suis une rêveuse et je suis certaine qu’à force de faire ça, quand je serai vieille, le couvercle du bocal serra tellement bien vissé que je ne l’ouvrirai jamais plus et parlerai toute seule, hermétique à la réalité jusqu’à ma mort.
Cette imagination est la cause de ma peur du noir. Enfin. Plus précisément, c’est à cause de mon imagination que toutes mes angoisses, tous mes mauvais souvenirs, toute ma douleur constante, oui, tout ça explose dès que la lumière est éteinte. Le noir devient une toile sur laquelle mon esprit dépeint tout ce que je hais, ce que je crains, ce que j’abhorre sans retenue. Dans le noir, ce que mon esprit me montre me tétanise et je ne contrôle plus rien. Un peu comme une super héroïne dont le pouvoir se retourne contre elle.
Les cases que je fais dans mon esprit débordent l’une sur l’autre quand il fait noir et se mélangent. Cette tambouille, rien ne peut la re-séparer. Ce serait comme essayer de récupérer son bleu et son jaune après avoir fait du vert.

Comme le noir n’est que la toile qui sert de support aux errances de mon esprit, ma phobie, c’est Moi. Du moins le déséquilibre, les angoisses, les hurlements, les démons, les cauchemars, la Mort que contient mon esprit qui me sont renvoyés à la figure dès qu’il n’y a plus de lumière.
Et cette peur, qui ronge comme de l’acide, elle ne me laisse jamais en paix. Même dans mes rêves elle me poursuit. Je vais d’ailleurs vous conter cette hallucination qui me revient très souvent :

Ce n’est pas un rêve, ce n’est pas la réalité. C’est un cauchemar à demi conscient.
Je vois tout. Je vois la réalité, mes yeux sont ouverts, je vois ma chambre. Seulement, je suis paralysée. je ne peux bouger, ni mes membres, ni mes yeux. Je ne peux pas crier, je ne peux même pas pleurer. Je dois regarder fixement, face à moi, la silhouette de mes meubles dans la pénombre.
Le simple fait de ne pouvoir bouger est une torture. Parce que je ne peux pas non plus me réveiller. Mon propre esprit a décidé que je vivrai ce cauchemar jusqu’à sa toute fin.

Petit à petit, je commence à le distinguer, à le voir. Cette silhouette encore plus noire que le reste. Elle est humanoïde, grande et mince. Je ne vois pas ses yeux mais je sais qu’elle me fixe. Elle me fixe. Elle me fixe. Durant des heures.

Et j’entends. Il n’est pas seul. Il y a autre choses qui respire à mon oreille. Ses râles sont tout proches. C’est différent. Dans sa respiration, j’entends le froid. La solitude. La mort. La demande incomprise. Cette respiration est le pire son que j’ai jamais entendu. Je ne vous souhaite pas d’entendre un jour un son équivalent. Parfois, il chuchote. Des mots sans fin. Je ne sais pas si c’est important, je ne comprends pas.

Une autre chose affreuse, c’est que j’ai réellement conscience du temps qui passe. Je sens les minutes et les heures se dérouler. Ignobles.
Et je finis par me réveiller. J’aimerais tellement pouvoir hurler, pleurer, me tuer pendant ces rêves.

Vous vous demandez surement pourquoi j’ai peur, vu que je sais que c’est un rêve. Je ne sais pas. Je n’ai aucune explication. Mais je continue à avoir peur, je pense que je n’arrêterai jamais d’avoir peur de ce cauchemar.
Une thérapie ? J’ai essayé. Seulement, je n’ai jamais trouvé de thérapeute satisfaisant. Ils ne faisaient que m’exposer mes problèmes sans jamais me donner de piste de solution.

Bref, j’avais besoin que ça sorte. Besoin d’expliquer, d’écrire, de rendre tout ça concret. Merci d’avoir lu, si vous avez réussi à venir à bout de ce pavé un peu insipide.
Faites de beaux rêves~

tl;dr : Lachesis elle a peur parce que son esprit dérangé lui donne des sueurs froides et des hallucinations quand il fait tout noir. Du coup elle en parle parce qu’il faut en parler quand on est fou pour guérir.
Beaux rêves~

5 réflexions au sujet de « Parce que j’ai peur du noir »

  1. La description de ton « rêve » me rappelle com-plè-te-ment la paralysie du sommeil (et les hallucinations qui vont avec). Tu en as déjà entendu parlé ?

    • Oui, j’en ai entendu parler mais il me semble que certains petits symptômes ne collent pas. Après, chaque patient rend son trouble unique donc il faudrait que j’en parle à un professionnel :>

  2. Hormis la peur du noir que tu as, je me trouve un point commun avec toi : mon imagination.
    Généralement, je la laisse évoluer tranquillement et superposer des sensations et parfois images fantômes (En gros, je ne les vois non pas par mes yeux, mais les superpose à l’image que j’ai dans mon cerveau. En gros.) et les histoires multiples se développent comme des folles.
    Je n’ai jamais parlé à personne de ce mode de fonctionnement-n’y trouvant aucun intérêt- mais parfois l’esprit arrive tellement bien à créer une chose qu’on a des doutes : et si…

    Sinon, j’avais déjà lu un peu ton blog -il y a.. longtemps- et bien que j’ai à chaque fois l’impression de débarquer en plein dans ton intimité, je trouve agréable de me rendre compte qu’il y a des gens qui ont des similitudes avec moi, sur des choses dont personne ne parle dans la « vraie » vie :p

    Bonne continuation, j’espère que tu continueras à écrire.

    • J’avoue que j’ai livré pas mal de moi-même ici, souvent des choses obscures. J’essaierai de faire un article un peu plus folichon à l’avenir mais je ne promet rien !

      Continuer à écrire… Je n’ai jamais arrêter. Pour continuer à publier, je ferai de mon mieux !

  3. Salut Lachesis!

    C’est une manière intéressante de mettre des mots sur une peur souvent incompréhensible, incomprise qu’est le noir. Et sur le reste que l’on s’imagine a propos de cela. Je pense que cette silhouette n’est que la personnification de tes peurs les plus profondes et qu’il faudrait se pencher sur les mots qu’il te dit. Ca me parait important et souvent, c’est ce qui permet de lutter et de vaincre la peur. Je vais te raconter mon histoire concernant mes peurs.

    C’est de la solitude dont j’ai peur quand vient le noir. Alors je me réfugie aussi dans mon esprit. ca allait, c’était pas souvent, mais les soirs ou ca n’allait pas, j’avais deux solutions: soit me réveiller et passer ma nuit sur mon netbook, soit essayer d’affronter la peur et de me réveiller en sursaut parce que j’avais pas réussi. Et puis, il y’a ce moment ou je me suis faché avec tout le monde, ou j’en pouvais plus, ou j’ai tout plaqué mais durant un an entier, ma peur s’est matérialisée. Par ma faute. si la journée ca allait, les nuits étaient devenues insupportables. Mes cauchemars étaient si proches de la réalité, si proche de ma folie que c’était devenu insupportable et qu’aller au lit me faisait peur. Je ne dormais plus que 3 ou 4 heures par nuit et chaque nuit se terminait de la même facon: en pleurs…

    Pendant ma tentative d’indépendance, j’ai tenté de mettre fin a mon problème seul avec des notes a prendre chaque fois que je me levais et tenter de les analyser, puisque je n’avais plus personne sur qui compter. Tres mauvaise idée: Durant Epitanime, je me suis effondré de fatigue alors que je comptais faire les 48 heures et que je revenais d’un long rendez-vous de diagnostic. Des lors, ca n’a été que plus fort et ma peur me faisait des nuits blanches désormais. J’en ai perdu du poids tellement c’était flippant. j’essayais de dormir la journée, quand j’avais rien a faire. ca n’a pas arrangé mes histoires de rythme.

    Puis un jour, j’ai compris. J’ai compris ce que tout ca voulait dire. Il fallait juste que je tende l’oreille durant une nuit ou j’en pouvais vraiment plus. Cette nuit-la, la silhouette qui m’accable me parle. Elle me disait des choses terrifiantes a chaque fois, mais je voulais pas l’écouter, je lui disais de s’en aller. Mais ce soir-la, je l’ai écouté, je me suis laissé faire, et elle me disait, en respirant comme si elle avait froid: « tout est de ta faute… tu as tout perdu… tu as caché la vérité a tout le monde depuis trop longtemps… tu es un mauvais ami… continue, et ta vie sera finie… »

    Sa voix… m’a troublé. c’etait celle de quelqu’un en qui j’ai toujours eu confiance mais qui aujourd’hui m’a laissé tomber parce que j’ai été trop con avec elle. Et la, j’ai eu un flashback: tout ce que je faisais depuis mon départ de la maison et avant était contraire a mes pensées exprimées. j’ai été hypocrite depuis trop longtemps, et ca m’a couté ma famille (avec qui les choses était certes pas toujours facile, mais je l’aimais quand même), mes amis (ou la, trainer sur internet en te sentant jugé et rejeté constamment devenait insupportable… j’ai céssé d’aller pendant un moment sur IRC et aux mêmes endroits qu’eux a cause de ca) et petit a petit ma santé (outre l’évanouissement et les problèmes d’insomnie, je perdais trop de poids et ma peau devenait pale, sans parler des conséquences mentales…).

    Comprendre ses peurs du jour au lendemain m’a transformé, même s’il a fallu que j’accumule diverses pensées pendant quelques mois pour confirmer mes pensées. Aujourd’hui, j’ai presque tout récupéré. Je suis retourné dans ma famille, ou j’habite dans une maison ou j’ai ma chambre et mes libertés, et ca se passe bien. J’ai fait une nocturne Epitanime y’a quelques jours sans aucun problème de santé, puisque j’ai dormi chez un ami avant. Reste plus que les amis, même si je sais que maintenant, on ne peut pas plaire a tout le monde et qu’il faut laisser le temps aux autres. Néanmoins, je reviens de temps en temps sur IRC, et sur les forums ou je lis et participe de temps a autre.

    Mais de temps en temps, cette peur revient, avec la même voix, et je tente de me réfugier dans un autre monde. Peut-etre que si je l’écoute, elle ne me voudra pas autant de mal qu’autrefois, et joue peut-etre même le rôle de protectrice…

    Certes, tu vas penser, mon cas est extrême, et pourtant, ce n’est que notre cerveau qui produit ces peurs, souvent subconscientes, mais qui une fois la conscience de ces dernières acquises, peut facilement etre démontée. il faut juste les comprendre et les affronter, et tout va pour le mieux par la suite.

    En tout cas, je suis très content que tu reviennes sur le blog. Ne l’abandonne pas une seconde fois, je suis sur que partager tes écrits avec d’autres peut te permettre d’avancer. C’est comme une sorte de refuge, ou les autres peuvent te conseiller.. En tout cas, je t’y encourage, écrire sur le mien de blog y’a quelques jours m’a fait un bien fou. Il suffit juste d’etre soi-même ;) Comme tu l’as dit sur ton article: faut en parler pour en guérir :p

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