L’histoire de la Vie, cycle éternel – Épisode Trois

Après moult péripéties et force angoisses je me retrouvais enfin dans la chambre où mon enfant devait naître. J’avais l’impression d’être totalement vidée de mes forces mais l’arrivée de l’anesthésiste annonçait, normalement, ma délivrance.
Allons-y pour la suite !

Le fiancé n’avait pas le droit d’être dans la chambre pendant la pose de la péridurale, question d’hygiène toussa toussa. Du coup, je me retrouvais seule dans la chambre, entourée de trois personnes, cul nu, et une de ces personnes était sur le point d’enfoncer une longue aiguille ENTRE MES VERTÈBRES. Je vous ai parlé de ma peur panique des seringues ?
J’ai donc eu un doute, qui m’a vaguement effleurée. Est-ce que ça valait le coup ? Non mais, vraiment ? Nan parce qu’après tout l’enfantement c’est quelque chose de totalement naturel, mon corps est fait pour ça, il y a une beauté dans la douleur. En parlant de douleur, j’ai eu à peu près trois contractions en moins de 40 secondes, le temps de m’asseoir sur le lit. Bon, du coup, on va serrer les dents, hein.

J’arrivais plus trop à respirer. J’ai bien fait le dos rond comme demandé et j’ai senti qu’on me badigeonnait le dos de plein de désinfectant. Un bon point déjà, j’avais pas trop trop envie de récupérer un germe dans ma moelle épinière. Le personnel m’a ensuite tout bien expliqué l’acte qui allait être pratiqué, l’ambiance était tamisée et apaisante, ils m’ont laissé prendre mon temps et passer les contractions.
Globalement, les sages femme et autres personnes qui accompagnent l’accouchement respectent la philosophie de la bienveillance à la maternité Arnaud de Villeneuve !
Par contre, j’avais gavé mal et je me souviens pas vraiment des explications. Mais ils ont essayé, on peut pas leur retirer ça.

Après m’avoir nettoyé le dos, j’ai senti qu’on me collait une sorte de feuille sur la peau, puis le monsieur a commencé à palper mes vertèbres avec les doigts, pour se repérer. Moi j’essayais de me détendre, de me remémorer les quelques notions de yoga récupérées dans des films, pendant que le praticien disait « Va falloir me guider, dites-nous si vous sentez une douleur d’un des côtés ».

De quoi pardon ?

Excuze meh?

Alors personnellement, je pars du principe que si on t’enfonce un truc dans la colonne, on est censé le faire en étant certain de pas toucher à quoi que ce soit de risqué. Et qu’on sait où on pique de base, en fait. Quand on te fait un vaccin, on te dit pas « ALORS CHUIS PAS TROP TROP SUR, JE VAIS FAIRE DES PETITS RONDS AVEC L’AIGUILLE, SI TU SENS PLUS RIEN DU CÔTÉ GAUCHE, PRÉVIENS !!11!1 ». Normalement, y’a un accord tacite entre la personne qui tient l’aiguille et celle qui va se faire perforer le corps :

  • On te dit que tu vas rien sentir (au max un petit pincement),
  • Tu ressens effectivement un pincement mais as le sentiment qu’on t’assassine,
  • Ça dure dix secondes dans les faits mais cent ans se sont passés quand le corps étranger est retiré de ta chair tremblante,
  • Tu repars avec ton kikinou pansement qui te fait l’effet d’être recouvert de bandages comme un guerrier nain après la bataille (75 en force, corps à corps+ambidextre bonus 20, hache à deux mains 2D20 de dégâts+12 sans compter les artefacts),
  • Au final tu as l’impression d’avoir terrassé un dragon de dix mètres de haut et c’est pour ça que tu recommenceras,
  • Et t’es deg’ qu’on t’ait pas proposé de sucette à la framboise ou au Coca.

Personne ne le voyait à cause de ma position mais j’étais à peu près aussi sûre de moi qu’un élève fautif (ou non) face à une McGonagall en colère. J’ai senti le pincement étrange de l’aiguille et pendant une seconde tout allait bien et je m’en suis voulu d’avoir perdu la foi. Jusqu’à ce que je sente de vifs chocs électriques sur tout le côté droit.

Le dedans de mon body

Bon, j’ai donc signalé aimablement à l’anesthésiste que je le soupçonnais d’avoir paralysé la moitié de mon corps en tripotant mes nerfs avec son engin du démon. Il s’est excusé et a donc bidouillé DANS MA CHAIR, pour repositionner le truc. De nouveau l’éclair. Et ça a recommencé trois ou quatre fois, le malaise se faisant de plus en plus pesant en moi. Je me demandais s’il allait être aussi difficile de recevoir mon allocation handicap que mes arrêts maladie et de grossesse (que je n’avais pas encore reçus en fait) lorsque le gentil médecin réussit enfin sa manœuvre et termina de me poser la sacro-sainte péridurale.

Après m’avoir rassurée sur l’état de ma motricité (apparemment c’est normal, les éclairs) l’équipe a permis au fiancé de revenir dans la chambre. Entre temps, j’ai reçu l’autorisation de boire des mini-gorgées d’eau ou de Nestea, parce que ma dilatation c’était pas trop ça et la poche des eaux n’avait toujours pas percé. Donc ça allait encore durer UN MOMENT.
Il était 12h15 à peu près, le travail avait commencé à 3h et j’étais arrivée à l’hôpital vers 6h. J’ai du coup accueilli la nouvelle avec gaieté, vous imaginez bien.

Allongée dans mon lit d’hôpital pour une durée indéterminée et armée de mon bouton magique anti-bobo, je découvrais plusieurs trucs vachement cools : A cause de ma tachycardie, le monotoring allait faire pas mal de bips alarmants et la péridurale, ça gratte.

Régulièrement donc, l’appareil chargé de surveiller mon rythme cardiaque, mes contractions mais surtout le rythme cardiaque de la Cacahuète allait appeler au secours, annonçant mon décès prochain, celui du bébé, la chute du CAC40, la guerre en Corée, l’hiver nucléaire et la fin du monde.
Pour me détendre, j’essayais de dormir surveillée par le papa qui faisait genre ça le stressait pas du tout ou je tenais mon live tweet. J’essayais aussi d’ignorer l’impression que ma peau était en feu et rongée par des fourmis. Dans ma folie, je me demandais si les contractions n’étaient pas plus agréables que ça. Je savais que je devais me montrer forte parce que si je commençais à gratter, rien ne m’arrêterait et je m’arracherais un truc ou deux avant la fin.

Du coup, pour apaiser l’atmosphère, je postais des photos du doudou musical que je gardais avec moi ou lisais les tweets d’encouragement que j’avais reçus.

Un soutien moral absolu
Regardez-moi ce regard plein d’amour

A partir de là, les heures se sont enchaînées, plutôt floues. J’essayais de dormir mais mes angoisses m’empêchaient de vraiment partir. Je somnolais donc vaguement quelques dizaines de minutes à la fois. Mes parents (qui avaient fait le déplacement depuis Marseille) n’avaient pas le droit de venir me faire un câlin et j’ordonnais au fiancé de les rejoindre. Il leur tiendrait compagnie et pourrait se reposer de son côté.

Je vivais plusieurs choses étranges et humiliantes : être seule avec le bruit du cœur de Cacahuète était plutôt pas mal, me faire vider la vessie par une infirmière était pas bien. Le brouillard généralisé causé par la fatigue se teintait aussi de mes peurs, principalement celle de mal pousser.
Une sage femme était aussi passée pour me percer la poche des eaux, ce qui n’était pas pour me calmer. Ce n’était pas l’acte en lui-même le souci, la péridurale m’empêchait de sentir quoi que ce soit en fait (ou plutôt, j’ai senti la chaleur du liquide passer sur ma peau mais pas l’humidité ce qui était étrange). Le problème, c’était qu’elle ne s’était pas percée naturellement. Ajoutez à ça que mon col ne s’effaçait pas assez, que je ne dilatais pas bien vite et vous avez la recette pour une Lachesis désespérée.
Je ne me sentais globalement pas bien, ce qui s’expliquait aussi en partie par le fait que mon intraveineuse de solution saline (qui, rappelons-le, était censé m’empêcher de me déshydrater) était mal posée et ne servait fatalement à rien. Le soulagement fût absolu lorsque l’infirmière réalisa le souci et la replaça.

J’ai quand même un meilleur profil

Après avoir mangé un bout et dormi sur des chaise de la salle d’attente, le fiancé était de retour. Le produit fait pour ramollir mon col et aider Cacahuète à pointer le bout de son nez avait fait son office et je commençais enfin à dilater.

Malheureusement, Cacahuète n’était pas bien positionné.


Nous concluons ce troisième épisode sur une révélation pleine de de suspense !
Et vous, avez-vous des anecdotes à partager avec moi ?

Le quatrième et (normalement) dernier chapitre de l’épopée de Lachesis, du fiancé et de Cacahuète approche ! L’heure de la délivrance~

Une pensée sur “L’histoire de la Vie, cycle éternel – Épisode Trois”

  1. Ah non pas de dernier épisode !!! Déjà ?!?! Heu ouep je sais que l’arrivée de mon petit fils a créé une faille dans l’espace temps quoi ! Faudra bien de dire deux mots ma foi !!! Un troisième épisode trop bien ma Lunebelle et….papa et moi on a bien ri….pas bien !!! L’anesthésie faisait sa première péri ? Peut être…et ça tombe sur toi ! Suite logique dans cette épopée. Mais on t’a fait le dos solide ma toute petite hein ! Je dirais un grand merci au papa de la Merveille qui nous tenait informés tel un excellent sentinelle à seulement quelques mètres de toi dans une salle d’attente avec une machine qui faisait du ‘bon’ café…faces à une double porte rose très bien gardée…trop bien….pas de bisous pendant tes longues heures de souffrance…bon…à bientôt de te lire ma fille chérie !

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