L’histoire de la Vie, cycle éternel – Épisode Deux

La dernière fois, nous nous sommes arrêtés à mon arrivée à la maternité, toutes sirènes braillantes, alors que je n’étais pas assurée sociale et avec un fiancé sur le point d’imploser face à mon refus d’admettre que j’étais sur le point d’expulser un être humain par mon vagin.
Pas très glorieux, vous l’admettrez. Reprenons !

Me voilà donc allongée sur le brancard, préoccupée par de nombreuses choses :

  • Le fait que le seul pantalon de grossesse que j’avais sous la main au moment de partir de chez moi était troué à l’entre-cuisses,
  • Je me demandais si on allait devoir payer la chambre dans laquelle j’allais rester deux minutes le temps que quelqu’un admette que je n’étais pas du tout en train de donner la vie,
  • Combien ça coûte vingt minutes en ambulance ? Est-ce qu’on va nous facturer le temps passé immobile quand le chauffeur a calé ? Ou est-ce que c’est à la course ?
  • C’est une contraction ou j’ai besoin de péter ?
Non, je ne l'ai pas jeté, les habits ça coûte cher #daronne
Le futal de la honte

Du coup, je me suis installée dans ma chambre de travail et une infirmière est arrivée pendant que le fiancé donnait ma carte vitale à l’ambulancier qui allait se rendre à l’accueil pour faire mon entrée.
Qu’allait-il se passer lorsqu’ils se rendraient tous compte que je n’étais pas assurée ? Que j’étais un imposteur ? Me mettraient-ils à la porte ? Leurs comptables et avocats allaient-ils rester dans ma chambre jusqu’à ce que je leur donne mes codes de carte bleue ? Mais j’avais pas d’argent, je n’avais pas touché un centime depuis que j’avais été obligée d’arrêter de travailler quatre mois plus tôt !

Je faillis hurler à l’infirmière de ne pas poser un seul doigt sur moi, chaque examen étant susceptible d’être la limite entre la presque ruine et la perte de mon appartement. Peut-être devrais-je m’emparer de la perche à perfusion pour protéger mon intégrité physique et le découvert de mon compte en banque, me demandais-je.
« Ne pense pas à ça pour le moment, concentre-toi juste sur l’accouchement. » me répondit le fiancé. Décidément, il insistait avec ça ! Ne comprenait-il pas que même si j’accouchais, j’allais devoir le faire sur le pallier ?

Lachesis face aux huissiers

Puis plusieurs choses sont arrivées rapidement : l’infirmière m’a expliqué que j’étais dilatée de deux centimètres, l’ambulancier est revenu avec ma carte et une attestation de droits car le petit Jésus avait enfin réglé mon souci d’homonyme la veille sans me prévenir (le rustre) et j’ai eu envie de voir ma maman.
J’étais donc en train de ressentir pas mal de choses contradictoires. J’étais heureuse et infiniment soulagée d’être de nouveau assurée sociale. J’étais en colère contre la Sécu de ne pas m’avoir prévenue du tout. La terreur du fait d’avoir à accoucher sans aucune préparation, sans avoir vu d’anesthésiste et alors que les problèmes financiers causés par la Sécu avaient retardé l’achat du trousseau du bébé me donnaient envie de pleurer. Et puis maintenant que j’admettais enfin pleinement que le travail avait commencé, j’avais encore plus mal.

En plus, je découvrais que l’hôpital ne retrouvait pas mon dossier et que donc ils n’avaient ni mes trois échographies, ni mes analyses sanguines. Les rares examens que j’avais pu faire ! Je dois probablement souffrir d’une malédiction administrative. Mais il fallait voir le côté positif des choses : le personnel soignant aussi avançait à l’aveugle dans cette histoire, ça nous mettait sur un pied d’égalité, ça resserrait les liens. Comme dans un shounen nekketsu.

Lachesis affrontant l’éventualité d’une déchirure vaginale

Je crois que trois ou quatre personnes en tout nous ont demandé si on avait les documents en question, nous avons donc dû expliquer la situation autant de fois. Je me suis fait expliquer aussi que mes contractions étaient un peu rapprochées et fortes pour une aussi petite dilatation. Plusieurs personnes m’ont enfoncé des petits doigts frétillants dans la teu-cha, mais toujours en m’expliquant ce qu’ils allaient faire, en me demandant si ça me dérangeait et en me prévenant quand ça allait se produire.

Je commençais à me détendre d’un côté, et à angoisser pour de nouvelles raisons de l’autre. Je n’avais absolument aucun répit (vu que mon travail était plutôt violent) et on m’avait déjà demandé trois fois si j’avais perdues les eaux. Quoi ? J’étais censée les avoir perdues ? Est-ce qu’il y avait un problème ? Et le fait que je sois peu dilatée par rapport aux contractions ? Pourquoi est-ce que personne ne répond aux questions que je ne verbalise pas bordel ?!

Parce que figurez-vous que j’étais en train de hurler dans ma tête mais que face au personnel soignant j’étais Good Guy Jesus, tout va bien.

me irl

Entre temps, j’avais arrêté de m’en faire pour mon pantalon troué parce que je m’étais retrouvée dans une blouse d’hôpital sous laquelle j’étais nue, avec mes superbes jambes pas épilée depuis l’an dernier et mes fesses glorieusement exposées. Mais honnêtement ? Quand votre col de l’utérus est en train de lentement « s’effacer » sous la pression de votre utérus qui se contracte pour évacuer un bébé dont la tête appuie sur le-dit col mais aussi sur votre colon (ce qui explique l’impression d’avoir besoin de faire caca), vous pensez-pas trop à la réaction que pourrait avoir la fashion police.
Les contractions et l’arrivée imminente de bébé atténuent aussi plutôt efficacement ma peur des seringues, je n’ai pas sourcillé lorsque l’on m’a pris du sang pour des analyses en urgence ou installé une solution saline en intraveineuse.

Bref.
Nos plans au fiancé et moi étaient simples à l’origine (outre la variable Sécu) : mes parents étaient censés arriver le dimanche 13 et ma mère rester jusqu’à l’accouchement et un peu après pour nous aider à nous faire à l’arrivée de Cacahuète. Le terme étant au 25, on pensait qu’un peu moins de deux semaines c’était large, même si Cacahuète était annoncé comme un bébé qui devait naître en avance à cause de sa carrure. C’est aussi pour ça que les affaires du bébé étaient encore en train de transiter vers nous. Et que mon rendez-vous avec l’anesthésiste était prévu pour le 18, avec l’espoir que mes droits Sécu seraient débloqués d’ici là (ils l’auraient été du coup).

Bon, vous et moi savons maintenant que je suis pas une grande stratège (ne le dites pas à mes joueurs de JdR). Mais comme l’épisode des droits Sécu apparus mystérieusement (au sens premier du terme, encore une fois) l’a déjà prouvé, Jésus m’avait à la bonne ce jour là, on est bros d’anniversaire après tout.
Un monsieur a toqué poliment à la porte et est viendu m’annoncer qu’il était anesthésiste et que si je voulais une péridurale, il allait me faire une petite consultation tout de suite pour me la poser le plus vite possible (il fallait me soulager des contractions très rapprochées trop vite).

Arrivée de l’anesthésiste, une allégorie

Du coup, à partir de là, ce devait donc être surtout une question d’attente.

Le vrai héros de l’histoire c’est avant tout le fiancé, qui m’a permis de ne pas totalement perdre mon caca et courir boiter le plus vite possible dans tout le service en criant que je n’étais pas formée pour ce poste et que, par conséquent, j’avais le regret de les informer que je déclinais leur offre d’accoucher. Je pouvais cependant les référer à des connaissances autrement plus qualifiée que moi et qui s’intégreraient parfaitement à leur projet de faire voir le jour à mon fœtus.

On m’a ensuite transférée en salle d’accouchement… physiologique, sans péridurale (donc sans l’installation pour pouvoir la placer). Mais je n’avais pas à m’inquiéter, c’était juste en attendant qu’une autre salle se libère ! J’ai eu envie d’argumenter qu’on ne savait pas vraiment quand j’allais perdre les eaux et dilater, ni combien de temps les autres patientes allaient mettre à accoucher et que donc « en attendant » était une expression qui n’avait pas beaucoup de sens dans cette situation.

L’espace temps lui-même n’a pas de sens à la base alors bon…

Un court moment plus tard, une nouvelle sage femme faisait son entrée, l’équipe de jour ayant pris le relais. On ne s’était donc pas encore vues mais j’avais la foi, Brosus étant de mon côté dernièrement. Et puis je savais que le personnel soignant était performant et que les infos à mon sujet avaient été transmises et…
« Mais vous voulez une péridurale ? »
Goddamit! La rotation s’est faite quand ? Depuis combien de temps l’équipe en place n’est-elle pas au courant que je voulais une péri ? Avions-nous encore le temps du coup ? Quelles autres infos lui manquent-elles ? La poche des eaux !? QUID DE LA POCHE ?!?!

J’étais en train de faire l’expérience de la panique pure. Je souffrais le martyr avec des contractions espacées de même pas une minute, trop fortes, quand j’avais voulu faire pipi on m’avait guidée vers des toilettes hyper basses et ça avait été #UneÉpreuveDeFolie pour me contorsionner. On est entre nous, je peux vous le dire, j’ai failli abandonner l’idée de m’essuyer et laisser faire le courant d’air sous ma blouse. Après tout, quel meilleur moment qu’un accouchement pour revenir à l’état de nature ! Mais le pire, c’étaient les vomissements.
Parce que si le fiancé avait vomi une fois à cause du stress, moi je vomissais régulièrement à cause des contractions. Heureusement, ça n’avait commencé qu’à mon arrivée à la maternité. Cacahuète bougeait trop, la douleur était trop forte, mon estomac avait juste besoin de se faire le plus petit possible. Le souci étant que pour la péridurale, je devais rester à jeun mais que je me déshydratais super vite malgré la solution saline. J’avais soif, mal, j’étais pleine de vomi, mes parents ne devaient arriver que dans l’après midi et j’avais peur que rien ne vienne soulager la douleur. LE PIED.

On s’enjaille à la mater »

Et juste au moment où j’allais exploser, l’anesthésiste est apparu de nouveau pour m’annoncer cette fois que ma salle d’accouchement était prête et qu’il allait me poser la péridurale.


Voici la conclusion du deuxième épisode de l’épopée de Lachesis et Cacahuète ! J’espère qu’il vous a plu.
N’hésitez pas à partager vos propres expériences en commentaires, à placer un bon mot ou à m’indiquer une vilaine faute !

Je vous donne rendez-vous le plus vite possible pour la suite avec plein de soulagement, de fatigue, de sécheresse et de Twitter ~

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