Les Loups – 1ère partie

Cette (plus ou moins) courte histoire, je l’ai rédigée à l’origine pour le forum de VocaloidFR. Pour pouvoir la leur présenter, je l’ai rédigée sous forme de fanfiction. C’est donc pour cela que j’ai utilisé les noms et apparences de Vocaloids.
L’univers « fantasy » que j’ai mis en place dans ce texte, j’en suis tombée amoureuse. J’ai donc voulu reprendre mes écrits, pour les lisser, les étoffer et les rendre plus « pros ». J’ai songé à changer les noms et apparences des personnages pour que le tout soit moins fanfiction et plus sérieux. Malheureusement (peut-être) pour moi, mes personnages sont ainsi et ont refusé de changer. La musique tient une place si centrale dans le tout que je ne pourrais pas faire autrement.
J’aime tellement ce monde qu’une suite trotte dans ma tête depuis un moment. Elle présenterait le passé de certains personnages plus avant et étofferait ce monde qui est désormais un lieu de vacances de mon esprit.

La complexité de la réécriture de cette histoire tient du fait que je l’ai postée sous forme d’épisodes très courts, pour tenir le lecteur en haleine. De plus, deux temporalités s’entrecroisent dans le récit. Ajoutons à cela qu’une partie du texte était rédigée au présent et vous comprendrez mon désarois.
J’écris d’ailleurs souvent au présent, changeant le temps de mes textes d’horreur pour marquer une cassure dans le récit et ajouter à la violence des événements.
Je suis masochiste. Le présent est un outil complexe et à double tranchant que bien peu de personnes savent utiliser à bon escient. Et je ne me juge pas prête.

J’ai donc repris mon histoire et l’ai transformée en profondeur. Les plus curieux pourront en trouver la version originale sur le forum cité plus haut s’ils savent où chercher !

Place au texte :

______________

   Son souffle créait de petits nuages de vapeur dans l’air glacial. Elle escaladait les parois du ravin depuis des heures lui semblait-il, chaque seconde rythmée par son cœur battant à la chamade. La neige ajoutait une difficulté supplémentaire, rendant la roche glissante. Ses doigts saignaient mais elle n’en avait que faire. De toute façon, elle ne les sentait plus. Ses muscles hurlaient, au supplice. Elle avait la douloureuse impression qu’un pieu était enfoncé dans sa poitrine, que ses membres s’étaient liquéfiés et que son cerveau était devenu un boulet de plomb.
   Un creux dans la roche, son salut. Elle s’y réfugia, à présent à l’abri du vent qui fouettait son corps endolori. Il n’y avait que peu d’espace, le sol était rugueux et un fin filet d’eau rendait le tout humide. Elle ne pourrait pas rester ici bien longtemps. Elle en profita tout de même pour boire un peu et se roula en position fœtale dans un coin. Dehors, le ciel était comme de l’encre, les quelques arbres qui avaient réussi à s’épanouir contre les parois escarpées étaient violemment mis à mal par les bourrasques tourbillonnantes. Comment s’était-elle retrouvée dans cette situation ? Les larmes coulant lentement sur ses joues tombaient, goutte à goutte, dans sa main. Le souffle court, elle s’endormit.

   Les chevaux étaient lancés au triple galop. Ils n’allaient pas tenir longtemps, la jeune fille s’attendait à tout moment à sentir sa monture s’effondrer sous elle, son cœur ayant explosé sous l’effort. Dans les ombres de la nuit, elle n’y voyait rien. Elle se repérait tant bien que mal à l’aide du bruit des sabots du pur sang de son Guide. Cela faisait des heures qu’ils fuyaient. Ou plutôt qu’elle l’avait entraîné dans sa fuite. Jamais, jamais elle n’accepterait ce destin cruel et fourbe. Jamais elle ne plierait devant les Parques. Elle serait la plus forte.
   Les loups étaient partout, elle entendait leurs grognements. Ils se jouaient d’eux, pinçant les jambes de leurs chevaux sans réellement les mordre. Ils voulaient de tout évidence les faire ruer. Petit à petit, les assaillants parvinrent à faire dévier de leur route les fuyards. Ils étaient maintenant pris entre eux et le ravin. Les monstres s’étaient assis en demi cercle, et fixaient leurs proies apeurées. Ils avaient la langue pendante, rouge sang. Certains couinaient d’excitation, attendant le moment où ils seraient récompensés de leur travail. Le Guide aida son amie à descendre de son cheval, le visage tordu par l’inquiétude et la résignation.
   Brisant la formation de ses subordonnés, le Chef de Meute s’approcha des humains désormais à sa merci, ses yeux flamboyant sous la Lune Bleue. Sur son front on avait incrusté un symbole cabalistique avec de l’or en fusion. Il se redressa sur ses pattes arrières et repris forme humaine.
La créature se déplaçait doucement, gardant une expression bestiale sur le visage. Il était nu mais ne semblait pas souffrir du froid. Assuré qu’il était de sa victoire, un petit sourire déforma sa bouche révélant ses dents : elles restaient celles d’un Loup.
   La femme sentit le corps de son Guide se raidir. Que comptait-il faire ? Le Chef de Meute parla :
   - Ma Reine, il s’inclina de façon grotesque et insultante vers la fugitive, sa voix n’était que cruauté et mépris. Sortir par ce temps, dans votre état, ce n’est que folie ! Vous devriez nous suivre et rentrer au château, auprès de la nourrice et de votre époux le Roi ! Ils sont MORTS d’inquiétude pour vous comme pour l’enfant.
   Le Guide pris doucement la main de sa compagne. Elle le regarda dans les yeux. Son sourire à lui était doux et chaud. Il la contemplait comme en des temps plus heureux, où il lui chuchotait des mots de réconfort et d’espoir. Sa main ne tremblait pas. Il hurla soudain et se jeta sur le Chef de Meute, seulement armé se son bâton de cérémonie. La Reine poussa un cri, se tordant le visage de ses mains. Que pouvait un Homme de Foi face à un Chef de Meute sur-entraîné ? La Meute s’était ruée sur cet imbécile qui menaçait leur chef avant même qu’il ne le percute. Le spectacle était horrible, son bien aimé Guide, déchiré par ces crocs et ces griffes acérés. La Reine ne pouvait en détacher ses yeux. Entre deux cris de douleur, le Guide hurla :
  
- FUYEZ !
   Ce fut le déclic. Elle se retourna et commença à courir, de toutes ses forces.
Elle entendit à peine le Chef de Meute rugir :
- BANDE D’INCAPABLES, CE N’EST QU’UNE DIVERSION ! RATTRAPEZ LA FEMELLE !
   Mais il n’y avait rien à faire. Leur chef aurait beau s’époumoner, les Loups étaient déchaînés et ne s’arrêteraient qu’après avoir arraché le dernier lambeau de chair du Guide Spirituel de la Reine. Ce fou le savait lorsqu’il s’était jeté sur le Chef de Meute. Ce n’était, malgré tout, pas un idiot.
   La Reine savait que son seul ennemi serait le Chef de Meute à présent. A sa droite, le ravin; à sa gauche, les arbres, ne laissant passer aucune lumière. Si elle restait sur ce petit chemin, elle était une proie facile à cause de la Lune Bleue qui éclairait le paysage comme un phare; si elle allait dans les arbres, elle était une proie encore plus facile car elle trébucherait à chaque pas. Les larmes aux yeux et le désespoir dans le cœur, elle savait qu’il ne lui restait qu’une seule chance. Faire une chose insensée, tellement insensée et dangereuse, pour sa vie et la vie en elle, que cela prendrait son poursuivant au dépourvu. Elle accéléra tant qu’elle le pu puis, poussée par son élan, elle bondit dans le ravin.

    Lorsque son esprit lui renvoya les images de sa chute, elle se réveilla en sursaut. Elle était tombée pendant un long moment et ne savait pas comment elle avait pu survivre, encore moins comment son enfant avait pu rester dans son ventre. Surement grâce aux branches touffues qui avaient ralenti sa chute, en déchirant ses vêtements et sa peau au passage. Paradoxalement, la rivière dont elle pensait qu’elle mettrait fin au cauchemar avait bien failli la tuer. Entre la vitesse du cours d’eau, les blocs de glace et les branchages, sans parler du froid, elle avait eu du mal à reprendre son souffle. Dans la confusion, elle avait eu tellement de difficultés à distinguer le haut du bas qu’elle avait frôlé la noyade à plusieurs reprises. Elle ne se souvenait même plus de comment elle avait réussi à atteindre le rivage, à se trainer sur le sol et à trouver la force en elle d’escalader la paroi pour trouver une grotte. Tout ce qu’elle désirait à ce moment là, c’était être le plus loin possible du Chef de Meute.
  
Elle frissonna, essayant de rassembler au mieux les lambeaux de ce qui avait été sa robe doublée de fourrure. Elle avait froid, elle ne devait pas se rendormir car elle risquait de ne pas se réveiller. Son corps tout entier était gelé. Elle ne sentait plus ses pieds et avait du mal à plier les doigts. Tout était trop humide dans sa cache pour faire un feu. Il allait aussi falloir qu’elle mange. Elle regarda autour d’elle en passant ses mains sur son ventre. Peut être qu’elle trouverait quelques champignons ou racines comestibles dans le sol spongieux. Elle sentait le petit être qu’elle portait bouger en elle.
   - Oui, tu auras à manger bientôt…
   Elle se redressa, en alerte. Elle entendait un corps se mouvoir à l’extérieur de l’abri. Elle aurait dû s’en douter. Le Chef de Meute n’allait pas arrêter sa poursuite pour si peu. Il ne serait en paix que lorsqu’il aurait son cadavre sous les yeux, teintant de son sang le marbre de la salle du trône.
   Attraper quelque chose, n’importe quoi, pour se défendre. Elle savait qu’elle serait ramenée au palais et mourrait, mais elle vendrait chèrement sa vie et celle qui grandissait dans sa chair. La panique l’étouffait et son cœur essayait de s’enfuir hors de sa poitrine.
   - Détends-toi, tu dois rester calme.
   Elle ouvrit grand ses yeux pour essayer de distinguer quelque chose. La lumière de la Lune Bleue n’arrivait pas jusqu’ici. En tâtonnant doucement, elle réussit à attraper un bout de bois de longueur respectable et pas trop détrempé. Cela ferait l’affaire, faute de mieux. Le surplus d’adrénaline décuplait ses sensations et elle sentait la moindre irrégularité le long de son arme de fortune. La tête lui tournait, elle n’arrivait même pas à tenir debout dans ce renfoncement de roche qui lui servait d’abris. Tant mieux. Le Chef de Meute était tellement grand qu’il devrait ramper pour l’atteindre. Il serait plus aisé de se défendre. Peut-être que la Reine arriverait à lui crever les yeux…
   Le bruit devint de plus en plus fort, la chose approchait. Le Chef de Meute, elle le savait, c’était lui, il allait la tuer, elle allait mourir, là, comme une moins que rien, dans un creux de roche, au milieu de nulle part…
   Une silhouette se dessina à l’entrée de l’abri. Tout était noir. La Reine hurla quelques secondes avant de réaliser. La silhouette était menue et féminine. Une petite fille, bien plus jeune qu’elle. L’enfant tenait debout à l’entrée de la caverne, elle devait avoir sept ou huit ans. La Reine ne pouvait pas la distinguer vraiment  à cause de la faible luminosité. La petite fille se mit à quatre pattes et s’approcha doucement de la femme effrayée, un sourire timide sur le visage. Elle posa ses deux mains sur le ventre de la Reine et dit quelque chose dans une langue étrange. La jeune femme souffla :
   - Je ne comprend pas ta langue. Ne parles-tu pas le Langage Nouveau ?
   La petite fille la fixa quelques secondes, profondément, les yeux dans les yeux. Ensuite, elle tendit sa petite main droite et posa son index sur le font de la Reine.

   C’était le début de l’été. L’été de ses treize ans. La Reine découvrait sa nouvelle chambre. Les murs étaient blancs, les moulures qui les parcouraient étaient recouvertes de feuilles d’or. Il y avait un immense lit à baldaquin aux tentures de soie rose pastel et grise; aux pieds du lit, un coffre de bois de rose, comme l’armoire à droite du lit et la coiffeuse, placée devant une fenêtre gigantesque donnant sur le verger. La chambre devait être aussi grande, si ce n’est plus, que la cabane dans laquelle elle vivait encore la veille avec sa famille. Sa famille… Que faisaient-ils en ce moment même ? La regrettaient-ils ? Maintenant qu’elle était partie, c’était une bouche de moins à nourrir… Ils devaient être soulagés, au contraire.
   Grâce à son beau visage, elle allait être Reine. Oui, le lendemain, elle allait épouser un homme qu’elle n’avait jamais vu et qui était si vieux… Un tyran qui oppressait son peuple depuis des temps immémoriaux. Pourquoi elle ? Pourquoi l’avoir choisie elle ? Elle n’était qu’une petite fille ! Si seulement elle n’était pas allée jouer près de la rivière, si seulement elle n’avait pas croisé le Chef de Meute du Roi…
   Elle était en train de pécher quand elle avait entendu le bruit du cortège officiel. Il était facilement reconnaissable. Le son des sabots ferrés, la mélodie des clochettes qui décoraient les harnachements. Il n’y avait pas ce genre de choses dans le village. Ou plutôt ce rassemblement de masures piteuses qui n’avait de village que le nom. D’un pas léger, elle s’était approchée du pont que les notables traversaient en se donnant l’air suffisant. L’adolescente ne pouvait détacher son regard des vêtements brodés de fils d’argent. Elle se demandait ce qu’ils faisaient tous là. Il n’y avait que des hommes. Ce n’était donc pas une ballade de nobles en manque de nature. Aucun carrosse non plus, le Roi n’était donc pas en voyage diplomatique. L’homme en tête de la file avait tiré violemment sur les rennes de son cheval bai en levant la main en l’air. Un silence pesant avait envahi la scène. Prise d’un mauvais pressentiment, la jeune fille avait eu envie de fuit mais ses jambes avaient refusé de se mouvoir. L’homme était vêtu d’un long manteau à la capuche relevée, elle ne le voyait pas mais l’entendait… Renifler. D’un mouvement vif, il avait sauté de sa monture et s’était précipité vers elle. Il la dominait de toute sa stature. Sur son front, elle avait reconnu ce symbole que même les plus bêtes des imbéciles avaient appris à reconnaitre depuis leur plus tendre enfance. Le symbole du Chef de Meute.
   – Tu es jolie toi… Quel âge as-tu ? Es-tu déjà devenue… Femme ? Lui avait-il demandé.
   Elle n’avait pas osé refuser de répondre. Et il l’avait emmenée. Tout simplement. Il l’avait saisie, posée sur sa selle et était parti avec elle. Si elle n’avait pas hurlé et supplié, il n’aurait même pas fait envoyer ce courrier pour avertir sa famille. Et encore… Le messager était-il vraiment allé jusque chez elle ? Elle n’avait même pas pu lui expliquer où était exactement sa maison.
   Ils faisaient ça tout les ans, lui avait-on expliqué. Le Chef de Meute partait en quête d’une nouvelle épouse pour le Roi. On disait que celui-ci cherchait à accomplir une prophétie disant qu’un jour il aurait un enfant d’une jeune fille de treize étés, belle comme la Lune Bleue et qu’à partir de ce jour là, son Royaume serait éternel. Personne ne savait ce que devenaient les Reines, une fois leurs treize ans passés.
   La Reine se jeta sur le lit, en larmes. Soudain, la porte s’ouvrit, doucement et une délicieuse odeur de miel et de parchemin lui emplit les poumons. Elle se releva et vit un grand homme, aux cheveux couleur d’océan et au chaleureux sourire. Il avait une tâche d’encre sur la joue.
   - Bonjour, jeune fille, mon nom est Kaito. Je suis le Guide de ce château.

   Kaito disait avoir trente-cinq ans. C’était vieux pour la Reine. Là d’où elle venait, les gens ne vivaient pas plus de cinquante ans en général. Malgré cela, il avait l’air jeune. Il était gentil, attentionné, patient. La nouvelle Reine ne lui avait pas posé une multitude de questions, elle n’avait pas hurlé. Elle avait séché ses larmes et avait attendu qu’il lui explique le déroulement de la cérémonie du lendemain.
   Le Guide était troublé. Cette jeune fille au corps raide et au visage fermé dégageait quelque chose d’étrange. Une chose qu’il n’avait ressentie chez personne en ce château. Jamais la Voix en lui n’avait autant résonné face à quelqu’un. Il eut un goût amer dans la bouche : oui, elle avait du courage et de la noblesse en elle. Des vertus dont le Roi était dépourvu. Quelle ironie.    Lorsqu’il eut fini de lui expliquer ce que l’on attendait d’elle, il se dirigea vers la porte. Il allait sortir mais ne tenant plus, il se tourna vers la future Reine :
   - Mademoiselle, je… Si jamais vous vient l’envie de parler. De savoir…
   Il s’en voulait, il faisait des va-et-viens devant la porte, l’esprit troublé. Il n’avait pas le droit de se lier aux jeunes filles choisies par le Chef de Meute. Pas le droit de leur parler de ce qu’elles deviendraient si jamais elles ne tombaient pas enceintes. Pourtant, la Voix en lui hurlait de toutes ses Notes. Il devait la protéger. Il le devait.
   Doucement, la jeune fille s’était levée. Elle posa la main sur le bras du Guide et lui dit, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvre :
   - Je refuse. Savoir ce qu’il m’arrivera si je ne suis pas fertile ? Pour quoi faire ? Pour me faire du mal ? Non. Si je ne suis pas enceinte au moment prévu, je ne le saurai que trop bien. Si, par contre, j’arrivais à donner un enfant au Roi, cela ne m’aurait servi à rien d’être au courant, à part à me torturer l’esprit.
   Demain, je serai Reine, c’est tout ce qui compte pour le moment. Les larmes de tout à l’heure, l’état dans lequel vous m’avez trouvée, c’était la première et la dernière fois. C’est dit. A partir de maintenant, je vous interdit d’en parler à nouveau. Disposez.
   Kaito la fixa quelques secondes, soufflé. Il se ressaisit, s’inclina :
   - Bien, ma Reine.
  Le cœur plein d’un nouveau respect pour la frêle silhouette, il sortit de la chambre sans un bruit.

   La Reine se sentit somnoler un moment puis la gamine rompit le contact et lâcha dans un souffle :
   - Maintenant je le parle. Ne t’inquiètes pas. J’ai VU dans ton esprit. Je sais qui tu es, d’où tu viens, pourquoi tu es là et qui te poursuit, j’ai tout compris. Je viens t’aider. On m’appelle Kaai Yuki. Je suis la Gardienne de la Lune Bleue.
   - Kaai… Yuki ? Mais… C’est une légende ! C’est un mythe !
   La petite fille éclata d’un rire sonore et clair. La Reine sursauta en tentant de couvrir la bouche de la prétendue Gardienne :
   - Attention, le Chef de Meute pourrait nous entendre !
   La fillette se tût et plongea encore une fois son regard perçant dans celui de la Reine.
   - Oh, tu n’as pas à t’inquiéter. N’as-tu pas remarqué ? Nous ne sommes plus au même endroit. Nous sommes en sécurité à présent.
   La Reine regarda tout autour d’elle. Elle se demanda comment elle avait pu ne pas le remarquer. Elles se trouvaient toutes deux dans un immense couloir blanc qui semblait n’avoir ni début, ni fin. On ne pouvait différencier le haut du bas que grâce à deux rangées de colonnes immenses, faites du même marbre immaculé que les murs et le sol. Il ne faisait plus froid. La jeune femme se rendit compte tout d’un coup qu’elle était sèche et portait de nouveaux vêtements : une robe toute simple, blanche, aux broderies dorées. Passant des doigts tremblants dans ses cheveux, elle constata qu’ils avaient été tressés et étaient parsemés de fleurs fraiches.
   Elle commença à paniquer. Où était-elle ? Étais-ce une hallucination ? Était-elle en danger ? Et… Qui était cette étrange enfant qui prétendait être Kaai Yuki ?
   - Tu doutes de moi, la fillette se releva, un air amusé sur le visage. C’est bien, tu n’es pas totalement sotte.
   Elle portait une tunique bleue, longue et fendue sur les cuisses. Les bords et le col étaient brodés et relevés de joyaux noirs et bleus. Ses pieds étaient nus.
   - Il est vrai que mon histoire est surprenante, mystique. On pourrait croire à une légende, à un conte pour enfants. Mais il n’en est rien.
   Il y a mille ans de cela, malgré mon très jeune âge, j’étais une Enchanteresse, les ancêtres des Guides que tu connais aujourd’hui. Un jour, une épidémie a ravagé le village dont je m’occupais. Elle transformait les habitants en bêtes assoiffées de sang. Je ne connaissais pas cette maladie. Ceux qui n’étaient pas atteints étaient tués par les malades. Les femmes, les enfants, les vieillards, personne n’était épargné. Le mal risquait de se transmettre par delà les montagnes aux villes plus importantes.
   J’ai eu beau essayer, encore et encore, je n’ai pas réussi à l’éradiquer. La Reine en charge du pouvoir à l’époque, Meiko, était elle aussi impuissante. Alors, les habitants se sont retournés contre moi. Ils m’ont accusée d’avoir créé la maladie. C’était tellement facile de me désigner coupable. Après tout, j’étais la personne reconnue comme étant la plus puissante juste après la Reine. Pourtant, je ne les sauvais toujours pas ! Et on ne peut tuer la Reine. Tout à leur soif de justice, à leur besoin de désigner un coupable sur qui passer leur peine et leur rage, ils m’ont sacrifiée aux Anciens Dieux Barbares après m’avoir fait endurer mille souffrances. Lors de ma mort, j’ai tissé une puissante Partition et je suis devenue la servante de la Lune-qui-vit-trois-jours. La Lune Bleue. Et il est dit qu’un jour, la Lune Bleue elle-même me renverra sur Terre pour m’aider à accomplir ma vengeance. Il semblerait que ce jour soit arrivé.
   La Reine la regarda et lança :
   - C’est très joli mais tout le monde connait cette histoire ! De plus, certaines versions placent Kaai Yuki en réelle coupable, l’épidémie ayant bien disparu après sa mort. Et n’importe qui doué d’une Voix assez puissante aurait pu me transporter ici ou me faire avoir des visions.
   L’enfant s’accroupit près de la Reine, toujours assise par terre :
   - Et que faudrait-il pour convaincre la jeune Reine ? susurra-t-elle avec un grand sourire moqueur.
   - Tue le Roi.

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Voici donc la première partie de l’histoire. Si je vous laissais tout d’un coup, cela ferait plus de dix mille mots pour ce seul article et j’ai peur du tl;dr.
Je vous poste la suite le plus rapidement possible !

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